C’est au Théâtre de la Petite Marée que j’ai eu mon premier contact significatif avec le théâtre.

Nous étions venus camper à Bonaventure avec mes parents et en avions profité pour aller voir Le petit prince au Préau. J’en ai encore aujourd’hui quelques vagues souvenirs. C’était la première fois de ma vie qu’une pièce de théâtre laissait une empreinte dans ma mémoire.
Plus de 20 ans plus tard, me voilà étudiante en théâtre de marionnettes contemporain à l’UQAM et notre prof, Jacques Laroche, se présente : cofondateur du Théâtre de la Petite Marée. Ça a fait vibrer quelque chose en moi : je le connais ce théâtre-là, un théâtre de par chez-nous, le théâtre de mon enfance. Ça m’a donné l’impression que j’étais sur le bon chemin.
L’année suivante, ma belle-sœur Elena (de Montréal) me raconte qu’elle a rencontré un gars super cool qui fait de la marionnette et elle nous présente. C’est Francis Richard. Il se trouve qu’on a fréquenté la même école secondaire à Matapédia et qu’il est directeur du Théâtre de la Petite Marée. Il m’a fait confiance et m’a offert l’opportunité d’intégrer l’équipe et de m’impliquer dans le volet hors-les-murs le temps d’une saison.
Je suis débarquée directement des pays chauds à la Baie-des-Chaleurs. J’y ai retrouvé mon petit coin de péninsule que je n’avais plus vu, écouté, senti depuis trop longtemps. Je m’y suis réenracinée au travers de l’art.


Un jour que je feuilletais les pamphlets des spectacles passés dans les bureaux du théâtre, je suis tombée sur Le Petit Prince. Il avait été présenté en l’an 2000; j’avais donc 6 ans quand je l’ai vu. Cette journée-là, j’ai aussi appris que le théâtre et moi, on partage la même année de naissance.
Le TPM et moi-même célébrions donc nos 30 ans en même temps, à l’été 2024, au bord de la mer. Pour l’occasion, le théâtre invite Les Cabinettes (collectif que j’ai cofondé en 2020 et qui se spécialise en spectacles de marionnette miniature en boîte) à collaborer pour déployer Au vent du large: un parcours poétique in-situ mettant en scène des récits maritimes adaptés par le théâtre au fil des ans. Un splendide cadeau et un projet merveilleux que nous avons eu la chance de partager ensuite tout autour de la péninsule gaspésienne.


Vous comprendrez donc que le Théâtre de la Petite Marée a une place spéciale dans mon cœur et qu’il représente un terreau fertile pour mes racines d’artiste gaspésienne.
En parallèle de cette histoire qu’on croirait écrite dans les étoiles, un projet fleurissait justement en moi. Vous le connaissez déjà : Rumeurs Comestibles & rituels de semailles. Il avait été pour moi l’occasion de renouer avec la Vallée l’an passé lors de mon accueil en résidence à la Gare de Matapédia. J’y revenais chez nous avec un regard anthropologique et un intérêt pour la subsistance d’hier à aujourd’hui. J’ai commencé à mettre des visages sur les agriculteur-ice-s de la région, à constater comment les concepts que je lisais se traduisaient sur le terrain et comment les dynamiques j’avais observé ailleurs concordaient ou différaient ici.
Rumeurs Comestibles trouvait peu à peu sa forme idéale. À Salvador de Bahia, j’avais commencé à explorer les jardins communautaires et les marchés fermiers. À Saint-Domingue et à Montréal, le spectacle s’était retrouvé au cœur de mini-festivals destinés à l’agriculture urbaine dans des espaces verts. J’avais même commencé à visualiser un espace digital pour accueillir l’envers du décor du projet, tout ce que je n’ai pas le temps de dire sur scène mais que j’avais à cœur de partager avec le public curieux… les découvertes, les conversations, les saveurs.

Cet hiver, depuis mon hamac dans le bateau qui me transportait sur les flots de l’Amazone, je lançais une bouteille à la mer : ‘’La rivière à saumon m’appelle’’. Une invitation à revenir au TPM cette fois en tant qu’artiste-résidente s’en suivi. Je savais exactement quelles graines je voulais semer et quelles rumeurs je voulais répandre. La MRC de Bonaventure, puisqu’elle s’intéresse de près aux enjeux croisés de la culture, du territoire, de l’autonomie alimentaire et du développement social, a cru dans le projet et l’a arrosé afin que puisse vivre et grandir cette œuvre théâtrale atypique dans notre coin de pays depuis la saison des fleurs jusqu’au temps des récoltes (et que puisse naître ce blog!).

Puis vint la cerise sur le gâteau :
Mica Guitard.
Mica c’est ma voisine d’enfance. On a grandi sur la rue du verger. Elle vient dudit verger : Pommes en fête, le projet de vie de ses parents Rodrigue et Julie. Elle a littéralement une pomme tatouée sur la jambe. Enfants, ma sœur Léa et moi allions jouer avec elle et sa sœur Jade dans leur belle maison de pierre remplie de passages secrets. Elle est atterrie dans une famille d’artistes et d’artisan-e-s passionné-e-s et porte cet héritage à travers le théâtre. Mais ça je l’ai seulement appris quand je l’ai retrouvée sur mon chemin, après plusieurs années d’exil, à Verdun dans l’appartement de ma sœur. Ainsi s’est ouvert un monde de possibilités : Faisons du théâtre ensemble en Gaspésie!
Mica est la parfaite ‘’assistante technique’’ clownesque pour un tel spectacle saugrenu. Quelle joie de partager la scène avec cette fleur pétillante et funky! Avec elle, tout est facile et scintillant. Elle a participé à la création des scènes La messe des patates et La Révolution des fleurs, (qui sera inaugurée à la fête de l’Achillée Millefeuille!) et elle me renvoie joyeusement la balle pendant les performances.
Dans le sillage de Rumeurs Comestibles & rituels de semailles, le Théâtre de la Petite Marée, réaffirmant son rôle de pilier de l’écosystème culturel régional, devient donc un point d’ancrage dans le parcours d’une autre jeune artiste de la petite-rivière-du-loup dont <<l’attachement pour les arts vivants dans son patelin ne fait que grandir>>.

C’est ainsi que tous les ingrédients sont réunis pour un théâtre de légumes local à saveur sociale pour dégustation collective
Vive la synchronicité! Vive le théâtre gaspésien et l’amour du territoire!
P.S. En parlant de collectivité, n’hésitez pas à me poser vos questions ou me déposer vos réflexions dans la section commentaires en bas. Je vous répondrai avec joie.
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